Icône Anonyme

martin-margiela-masqueQu’ils soient faits de perles, de cristaux Swarovski ou de cabochons de marbre, les masques Margiela incarnent tout le savoir-faire et les partis pris artistiques de la maison. Retour sur la longue quête d’anonymat de la Maison Martin Margiela.  

Dans les années 90, le créateur d’avant garde Martin Margiela créa la surprise en choisissant de faire défiler des mannequins au visage masqué par un collant. Par ce geste, il voulait dénoncer l’omniprésent « star system » de la mode. En effet, dans une époque ou les mannequins étaient souvent placées au rang d’icônes, Margiela en les masquant exprimait alors sa volonté de mettre à nouveau la création sur le devant de la scène. La Maison s’expliquera de cette manière : « The only thing we want to put foreront is our fashion ».

Ce geste est à replacer dans une stratégie de dénonciation du système actuel de la mode. L’absence de publicité, l’organisation des boutiques sur le model d’ateliers d’artisans, signifient le refus du mouvement commercial ; Tandis que, l’absence d’une mention de la marque sur les étiquettes des vêtements, les masques sur les mannequins, accusent le star system qui empêche la création de s’exprimer.

Lors de ses premières apparitions, les masques n’avaient pour vocation que de dissimuler le visage ; ils étaient faits de morceaux de cotons récupérés puis assemblés, de collants découpés, ou bien de bouts d’écharpes. Peu à peu, ils sont devenus de vraies pièces d’artisanat représentant tout le savoir faire de la maison. Il apparaissent alors entièrement brodés à la main de perles, de sequins, de plumes, et de cristaux Swarovski. Cette année, ce sont les masques en cabochons de marbre imitant le buste de Chopin qui ont bouleversé le front row en interrogeant son regard. Cette évolution dans la réalisation du masque rend donc bien compte des partis pris artistiques de la maison : dépasser la fonction d’un objet pour le transformer en oeuvre d’art.

Ainsi, les dernières créations sont apparues dans les séries photos et sur les couvertures de presque l’intégralité des magazines de mode. On les a retrouvé également sur scène, portées par Kanye West qui en a fait sa marque de fabrique ; et elles trônent sur les étagères des plus grands designers, comme Raf Simons qui explique qu’il en est fan. Finalement, l’anonymat n ‘a jamais été autant en vogue. Peut être que dans une société ou le culte de la personnalité est devenu la norme, porter un masque semble le seul moyen de se démarquer.

Livia Panciatici, étudiante en troisième année à l’EIML Paris

 

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