Le Masque De Cristal, Ou L’Anonymat De La Maison Margiela

La Maison Margiela s’est fait sa place à contre courant dans le monde de la mode. L’anonymat, qui par définition est « la qualité de ce qui est sans nom ou sans renommée » est paradoxalement devenu signature et signe distinctif de la Maison Margiela. Le masque de cristal a alors su s’imposer comme objet iconique de la marque.

Objet universel de toutes les sociétés archaïques et modernes, le masque tient une place toute particulière au cours des civilisations : qu’il soit un symbole religieux, un déguisement, un accessoire théâtrale ou une affirmation de mouvement politique, le masque dissimule et fascine. Martin Margiela, qui souhaitait que la création se suffise à elle seule et soit au centre de tout, a à plusieurs reprises fait défiler les mannequins dans le mystère le plus complet port de voile opaque, bandeau noir sur les yeux, frange ultra-longue, ou encore lunettes noires …

Ainsi en 2012, l’anonymat prend sa forme la plus aboutit : un masque de cristal, décrivant des rosaces parfaites, comparables à des bijoux voire des œuvres d’art, plongeant le spectateur dans un doux inconfort. Le masque perd sa fonction d’« accessoire » et affirme sa vocation artistique, posant la question de l’identité et élevant par ailleurs l’esprit de celui qui le contemple. L’homme masqué devient l’autre, sans visage il est capable de les prendre tous et l’identification devient possible.

La haute couture s’élève au rang d’Art, et le masque de cristal signé MMM devient un gimmick-mode à l’impact visuel extraordinaire entre élégance et futurisme. La retombée médiatique liée à ce mystère bien orchestrée est immense et les plus grandes stars américaines se l’arrachent. Kanye West, connu pour son extravagance vestimentaire et son goût prononcé pour la mode a même arboré le sien serti de diamants au Zénith de paris en 2013, créant la surprise et l’hystérie de son public impatient de le découvrir. Finalement l’anonymat de la Maison Margiela devient sa plus grande arme médiatique.

Léa Bekki et Marie Doudakian étudiantes en 3ème année à l’EIML Paris.