L’Harcourt de Baccarat: ses facettes détournées

Depuis 1974, le best-seller de la maison Baccarat, fait l’objet de réinterprétations talentueuses et étonnantes. De Starck à Tsé Tsé, le verre Harcourt inspire par sa pureté.

 

L’HISTOIRE

Depuis cent soixante-dix ans, l’objet culte de la cristallerie de Lorraine, trône sur les tables les plus prestigieuses du monde. Cette histoire débute en 1841. Commandé par Louis-Philippe, auprès de la verrerie, installée dans le village de Baccarat, dans l’Est de la France, le verre Harcourt s’inspire du calice d’apparat des Rois de France, et se voit marqué du monogramme royal. Ce n’est que lors de l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, que ce verre emblématique sera baptisé, Harcourt. Ce nom rend hommage à une famille aristocratique, installée en Normandie depuis le IXème siècle, et en particulier à Pauline Harcourt qui succomba au charme des éclats de ce diamant, pour le service de son mariage en 1843.

Avec son pied hexagonal large et ses 6 facettes taillées en côte plates, sa silhouette répond à la quête d’épure qui caractérise les années 1835-1845. Il est alors décliné en une trentaine de références : verres, carafes, coupes puis avec des coupes de champagnes, verre à vin, chope, saladier, gobelet, au début du XXème siècle. Dans les années 70, le verre Harcourt fait l’objet d’un habillage de couleur : en 1976, le cristal se teint de rose, de bleu cobalt l’année suivante, d’émeraude, deux ans plus tard, de mousse en 1981, d’améthyste en 1982 et d’orange en 1983. Sa transformation débute à cet instant.

LA SAGA HARCOURT : UNE HISTOIRE DE DESIGNERS ET DE CREATEURS

« Le modèle Harcourt, qu’il soit verre, vase, carafe, applique… est un culte », explique Starck, « Les cultes ne meurent que si on les oublie. Notre rôle est de perpétuer leur vie à travers d’autres usages, d’autres proportions, d’autres remises en question ».

C’est séduit par les facettes de l’Harcourt qu’il réinterprète le verre et l’habille de noir, c’est la Darkside de l’Harcourt.

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Le Saint Graal des verres se métamorphose et prend des allures insolentes

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Tandis que le verre s’étire et se dédouble avec Elsa Lambinet, il se déguise en presse agrumes étonnant avec Guillaume de Noiseux, tout deux étudiants en design à l’ECAL de Lausanne.

La Saga Harcourt débute en 2002, le fameux calice passe entre les mains de Inga Sempé, des Tsé & Tsé, de Vincent Dupont-Rougier. Qu’il se transforme en bougeoir ou qu’il se pare de décorations symboliques, chaque transformation le rend unique et donne lieu à des éditions exclusives.

Dernièrement, c’est le studio japonais Nendo qui a taillé un échiquier de 32 pièces, comme l’avait fait précédemment Starck, afin de fêter les 170 ans de la maison Baccarat. Alors que la créativité japonaise se joue des tailles et des faux effets de rupture pour créer pions, dames, rois, cavaliers, … Starck et sa fille Ara avaient imaginé un jeu de dames en noir, symbolisées par d’élégantes flutes à champagne Harcourt revêtues d’un dress code noir complet.

L’icône des verres, vendu à plus de 10 000 exemplaires par an, s’offrira une facette ludique et fantaisiste en se faisant passer pour un bijou d’argent. B mania s’est alors emparé du verre Harcourt pour en faire un mini « charm’s » à l’allure inimitable.

Ces créations, toutes audacieuses, sont la preuve que le verre des rois vit avec son temps et qu’il est le symbole d’une intemporalité forte. Les artistes ne cesseront-ils de cisailler cette icône ?

Emilie Aubin & Anne-Laure Housse, étudiantes en 3ème année à l’EIML Paris.