Carry Shopper L de Balenciaga, un sac aux allures d’Ikéa

A l’heure où la pyramide des tendances est inversée, où les grandes marques du luxe puisent leurs inspirations dans la culture populaire, celle-ci se révolte et se moque des nouvelles créations de grands designers comme Demna Gvasalia chez Balenciaga. C’est à se demander où est la limite de l’imagination du luxe ?

 Sac Balenciaga, longueur 54cm, hauteur 37cm, versus sac Ikéa, longueur 55cm, hauteur 35cm. Une forme cabas similaire, un bleu sulfate identique et mêmes doubles anses, la grande différence entre ces deux sacs réside bien évidemment au niveau de leurs prix respectifs mais aussi de leur matière. 1 695€ pour l’un en cuir de veau et 0,80€ pour l’autre en plastique. Ces deux points opposés majeurs n’ont pas empêché le Vendredi 21 Avril dernier, de créer un véritable « bad buzz » sur la toile, à la sortie du nouveau sac Carry Shopper L de Balenciaga. Les internautes n’ont pas hésité à se moquer et parler de la grande ressemblance avec le sac de shopping de l’enseigne de grande distribution Ikéa, sous le regard de la grande Maison de luxe. Mais n’était-ce pas l’effet escompté ?

Tee-shirt au logo DHL, jean à braguette au niveau du postérieur ou encore « sac bazar » inspiré du cabas Tati, le directeur artistique Demna Gvasalia, avec son nouveau sac aux allures du très reconnu « frakta » d’Ikéa, n’en est pas à sa première provocation dans le monde du luxe. Le créateur géorgien fait parler de sa marque en créant la polémique. Une manière d’être sous les feux des projecteurs et d’attirer les curieux sur les réseaux sociaux. En une semaine, le Carry Shopper L aura fait le tour du monde du net. L’adoption d’une approche controversée de la mode, la transformation de l’habituel en inédit, ne pourrait-on pas appeler ce type de démarche, une sorte de désacralisation du luxe ?

Le luxe, puissant synonyme du rêve, est un univers qui a, dans l’imaginaire du grand public, la caractéristique principale de l’inaccessibilité. Ce qui façonne le luxe, ce sont les objets créés au caractère unique. Il y a bien sûr différentes strates dans le milieu de l’excellence mais celui-ci reste en grande partie exclusif, ce qui alimente le désir grandissant de la population pour ce monde. Alors les acteurs participant à la diffusion de cet imaginaire qui fait rêver la terre, ont-ils des limites dans leurs inspirations ? Ou en créant un sac presque Ikéa, leur but n’est-il pas uniquement d’attirer la plus grande attention sans se soucier de l’identité des marques iconiques ?

Quel que soit la réponse, le luxe est interprété différemment, ce qui lui apporte de multiples facettes. En prenant partie de cette nouvelle création Balenciaga, et en rentrant dans le jeu de cette polémique, Ikéa a soulevé un point important. Le luxe n’est pas complètement intouchable. Il suffit d’une inspiration provenant d’un sac suédois pour rendre accessible un rêve.

Nina Gicquiaux, 3ème année EIML Paris